JOURNEE DE LA RESISTANCE

ET INAUGURATION DE L’ALLEE ROSE VALLAND

Mardi 27 mai 2025

Discours de Vanessa SLIMANI, Maire et Conseillère départementale du Loiret

Seul le prononcé fait foi

Mesdames, Messieurs,

Nous sommes réunis aujourd’hui pour célébrer la Journée nationale de la Résistance, en ce 27 mai, en référence à la première réunion constituant le Conseil national de la Résistance, qui s’était tenue le 27 mai 1943. Son organisation a eu, dans les décennies qui ont suivi, une influence certaine sur nos vies.

En effet, après la Libération, le programme d’actions de la Résistance, issu de ce Conseil national, était paru en 1944. Il avait conduit à la mise en œuvre de réformes économiques, sociales et politiques, donnant la priorité à l’accès à l’éducation pour tous, et posant les bases du modèle social français.

Ce programme d’actions de la Résistance avait également inspiré la rédaction du préambule de la Constitution de la IVe République, qui fait partie des textes fondamentaux de notre droit actuel.

Cet hommage à la Résistance, en ce 27 mai, est donc tout un symbole.

Car « Résister » signifie ne pas céder, ne pas se laisser détruire, affronter et combattre, endurer et lutter.

Résister, c’est aussi soutenir ses idées, faire preuve d’ouverture d’esprit et apporter son soutien à toutes celles et ceux qui, autrefois, dans des circonstances extraordinaires de la vie ordinaire, ont su défendre leurs idées et leurs valeurs. Ces femmes et ces hommes qui ont osé mener leur combat au nom d’une liberté d’agir et de s’exprimer, au nom d’une envie de vivre, au-delà de toute contrainte et asservissement.

Cette journée est aussi l’occasion d’une réflexion à partager, toutes générations confondues, sur les valeurs mêmes de la Résistance, en cette 80e année de la libération des camps de concentration.

Réfléchir sur ces valeurs que sont le courage, la défense de la République, le souci constant de la justice, de la solidarité, de la tolérance et du respect d’autrui.

C’est une façon, bien entendu, de rappeler aux jeunes générations l’engagement de toutes ces femmes et de tous ces hommes – issus pour beaucoup de familles endeuillées, vivant dans la souffrance de leurs proches à jamais disparus – qui se sont pourtant levés contre l’occupant nazi et sa sourde capacité à montrer, cyniquement et impitoyablement, jusqu’où pouvait aller l’horreur des hommes…

Parmi ces héroïnes et ces héros auxquels nous pensons aujourd’hui, fiers de leur courage parfois insensé, la Ville de Saint-Jean de Braye tient à honorer particulièrement une femme, Madame Rose VALLAND, qui donne désormais son nom à cette allée jouxtant l’école Jean ZAY, dans ce quartier du Hameau où d’autres résistants ont été mis à l’honneur en donnant leur nom à une rue.

Si, à la fin de sa vie, Rose VALLAND était plutôt tombée dans l’oubli, pourtant qui mieux que cette femme discrète pour incarner parfaitement cet esprit de Résistance, de combativité silencieuse, d’observation stratégique, dissimulée derrière de petites lunettes cerclées !

Nous tenions donc à honorer cette grande dame de l’histoire française, qui a lutté et a su entrer en résistance, dans un esprit non guerrier de combativité, mais tellement tacticien, au service d’une cause magnifique que celle de sauver de multiples œuvres d’art, volées pendant la Seconde Guerre mondiale.

Née en 1898 en Isère, Rose VALLAND étudie à l’Ecole normale de Grenoble, puis à l’Ecole des Beaux-Arts de Lyon et de Paris, avant d’entrer à l’Ecole du Louvre.

A 34 ans, elle entre au musée du jeu de Paume comme attachée de conservation à titre bénévole, dans ce musée consacré aux avant-gardes de l’art contemporain.

Dès 1936, la France se prépare à une guerre qu’elle pressent… Sous l’impulsion de Jean Zay, alors Ministre de l’Education nationale et des Beaux-Arts du Front Populaire, précurseur dans la constitution d’une collection publique d’art contemporain grâce à des achets publics, un plan de protection des œuvres d’art est alors élaboré.

Rose VALLAND, en qualité d’attachée de conservation bénévole, contribue ainsi à la mise en œuvre de ce plan stratégique de sauvegarde. Elle permet la mise à l’abri des collections d’art des musées nationaux (elle participe par exemple à l’exfiltration de la Joconde vers le musée de Chambord), la menace d’un conflit mondial se faisant de plus en plus sentir…

Engagée et féministe, Rose VALLAND contribue à organiser d’ailleurs, en 1937, une exposition sur les femmes artistes d’Europe dans le musée où elle exerce, ce qui constituera la première exposition en France qui souligne l’existence et la modernité de nombreuses artistes femmes, contemporaines et internationales.

Parmi ces artistes on peut y découvrir les œuvres de Marie LAURENCIN, Camille CLAUDEL, Suzanne VALADON (pour laquelle une rétrospective au centre Pompidou a été réalisée et vient de s’achever), mais aussi Tamara DE LEMPICKA, dont le tableau « Saint Moritz » de 1929, œuvre remarquable est exposée au musée des Beaux-Arts d’Orléans…

Aussi, quand Adolf HITLER arrive au pouvoir, il entend « purifier » l’art, à sa manière, ce qui va à l’encontre du travail de conservation et de protection des œuvres que mène alors Rose VALLAND.

Quant à Hermann GOERING, parmi tant d’autres collectionneurs compulsifs, il ne se privera pas de venir plus de 20 fois visiter les collections conservées au musée du Jeu de Paume, pour s’approprier de très nombreuses œuvres et alimenter ainsi sa monstrueuse collection d’art, sous les yeux de notre héroïne silencieuse, mais qui n’en perd pas une miette.

Pendant toute la durée de l’Occupation, Rose VALLAND fait son travail, passionnée d’histoire de l’art. Elle est la seule responsable française que les nazis supportent de voir dans l’enceinte du musée. Pendant quatre années, elle va alors, discrètement mais audacieusement, consigner et archiver toutes les informations qu’elle peut noter concernant les milliers d’œuvres volées et, pour la plupart, envoyées en Allemagne.

Aucun nom, aucune destination, ni aucune description des œuvres ne lui échappent. Elle couche scrupuleusement, noir sur blanc, ses notes dans des fiches méthodiques. Et elle n’en partage jamais l’existence avec aucun réseau, sauf seulement avec le directeur des Musées nationaux, qui se tait, lui aussi.

Rose VALLAND espionne, traque et prend souvent des risques à écouter aux portes et à fouiller dans les corbeilles à papier. Elle se souvient de tout, acharnée au travail, pour la postérité. Elle nourrit ainsi sa soif de résister…

Son objectif, qui est aussi le combat de sa vie, comme elle le dit elle-même un jour : « Sauver un peu de la beauté du monde… ».

Après-guerre, sa contribution est officiellement saluée par la France et ses Alliés : Rose VALLAND compte parmi les femmes les plus décorées. Et à la fin du conflit mondial, c’est à cette femme résistante que l’on confie le poste de secrétaire de la Commission de récupération artistique. C’est un juste retour des choses.

Capitaine dans l’armée française, puis incorporée dans la 7e armée américaine, elle permet alors de reprendre des milliers d’œuvres d’art spoliées.

En 1950, 60.000 œuvres d’art seront identifiées et récupérées grâce à la minutie de son travail ; 45.000 d’entre elles seront rendus à leurs propriétaires.

Quel destin, que celui de cette femme au parcours extraordinairement romanesque ! Quel courage face à l’adversité !

Je souhaite de tout cœur que les qualités et les valeurs défendues par cette grande résistante sauront inspirer de nombreux enfants, dans leur futur parcours de vie.

Je remercie d’ailleurs de leur participation à cette journée commémorative et d’hommage les élèves de l’école Louise Michel, leur directrice Madame BRION, ainsi que leurs enseignantes.

Je remercie bien sûr aussi les musiciens d’AML qui nous ont accompagnés aujourd’hui, ainsi que les anciens combattants et leurs porte-drapeaux ; sans oublier Aurélie et Gérard AUDAX de la Compagnie Clin d’œil pour leurs lectures.

Je tiens à remercier également de sa présence Madame Caroline LORENTZ, secrétaire départementale de la Fédération nationale des déportés et internés résistants et patriote.

Je n’oublie pas non plus, bien sûr, mon amie Colette MARTIN-CHABBERT, présidente du CIDFF du Loiret, qui est le premier réseau pour l’accès au droit des femmes en France.

Collette MARTIN-CHABBERT fut mon adjointe, déléguée notamment à la promotion de l’égalité ; elle s’est beaucoup impliquée pour que cet hommage mérité soit rendue à Rose VALLAND, cette femme résistante de la vie civile.

Chère Colette, je t’en remercie sincèrement de ton engagement à la promotion de l’égalité femmes/hommes.

Pour terminer, bravo aux services municipaux pour la très belle organisation de cette double cérémonie.

Et pour conclure, je voudrais vous dire que cette idée de savoir qu’à Saint-Jean de Braye Rose VALLAND est à jamais associée à Jean ZAY, me semble une excellente chose, l’une donnant son nom à cette allée verdoyante, l’autre à cette école qui promeut le savoir sous toutes ses formes.

Par cette association, nous marquons notre volonté de rendre hommage à ses femmes et ses hommes qui ont su, par leur compagnonnage, œuvrer pour l’Histoire et la postérité.

Je vous remercie de votre attention et vous invite à présent à partager le verre de l’Amitié.