Commémoration de la victoire et de la paix et de l’Armistice
de la Guerre 1914-1918
Discours de Vanessa Slimani, Maire, Conseillère départementale
Seul le prononcé fait foiChaque année, nous sommes réunis pour commémorer l’armistice du 11 Novembre 1918 ; pour célébrer la victoire et la paix.
En ces temps troubles que traversent le monde, ces mots n’ont que plus de valeur et de sens, aujourd’hui. Je les prononce à nouveau devant vous : commémorer la victoire et la paix.
Cette cérémonie patriotique, outre qu’elle est rituellement et solennellement organisée pour se souvenir de toutes celles et ceux, par millions, qui se sont sacrifiés en temps de guerre et ont donné leur vie pour que la paix ait un sens aujourd’hui ; cette cérémonie patriotique d’unité nationale existe pour qu’aucun d’entre nous n’oublie que le 11 novembre est un jour de Victoire et de Paix.
En 1918, ce 11 novembre fut un jour d’immense soulagement, sonnant enfin la fin des combats. Cette Première Guerre Mondiale devait devenir alors « la Der des Ders », tant chacun avait souffert dans sa chair et dans son âme.
107 ans après, mêmes si les récits des livres d’Histoire sont anciens, même si les images qui restent demeurent vivaces dans nos mémoires, ils témoignent avec toujours autant de force de l’horreur du conflit et du prix de la paix.
Et si plus d’un siècle est passé, ces souvenirs ne doivent être ni banalisés ni effacés, surtout face aux défis de l’époque que nous vivons aujourd’hui, tant dans le monde qu’en Europe, où l’on sent les tensions monter, et où l’unité européenne et internationale sont plus que jamais importantes, nécessaires, voire indispensables.
Si j’évoque aujourd’hui les conflits actuels qui se déroulent dans le monde, à portée de clic sur un écran, c’est pour rappeler que la paix n’est jamais définitivement acquise et qu’elle demande un engagement quotidien autour des valeurs de respect de l’autre, de respect des différences et des idées et ce, à toutes les échelles de la société, tant au niveau mondial, national que local.
Charge à nous, toutes et tous, ensemble, de valoriser l’esprit de cohésion et de fraternité qui doivent prévaloir, notamment dans notre ville, comme un microcosme de la paix que la France et l’Europe s’efforcent de maintenir.
C’est ce que nous nous employons à faire aujourd’hui, réunis devant ce monument aux Morts, comme symbole fort de rassemblement qui transcende les clivages.
Alors, gardons en mémoire la valeur des symboles qui doivent nous guider.
Célébrons aujourd’hui aussi le Centenaire du Bleuet de France, petite fleur modeste qui était seule à pousser dans les champs de bataille, comme symbole d’espoir et de vie.
Dès 1925, grâce à deux infirmières, le bleuet est alors devenu l’emblème de la mobilisation citoyenne, de l’aide et du soutien, apportés aux combattants, aux blessés, aux veuves, aux orphelins et aux victimes de guerre.
Encore aujourd’hui, soulignons le rôle que joue toujours l’œuvre nationale du Bleuet de France, qui épaule les blessés des conflits contemporains, en opérations extérieures, et les familles des soldats morts pour la France.
Nous tous ici pouvons contribuer d’ailleurs à cet effort de solidarité, en soutenant nous aussi le Bleuet de France.
Transformons l’hommage que nous rendons à nos Morts pour la France en un acte de cohésion nationale et de reconnaissance active, envers celles et ceux qui ont servi la Nation, hier et aujourd’hui.
Profitons aussi de cet instant de recueillement et de rassemblement républicain pour commémorer en cette année 2025 la mémoire de Robert BADINTER, cet homme de Justice qui est entré, il y a quelques semaines à peine, au Panthéon.
Bien qu’il n’ait pas directement participé à la Première Guerre mondiale, le lien est évident à tisser, en ce jour de commémoration patriotique, autour des grandes valeurs universelles que ce Grand Homme a si bien incarnées, et qui sont le fondement même de ce que l’on commémore le jour de l’Armistice : la justice, le rejet de la barbarie et le respect absolu de la dignité humaine.
Est-il utile de rappeler que la dignité humaine est la première des quatre valeurs universelles de l’Union Européenne, qui sont la dignité humaine, la liberté, l’égalité et la solidarité ?
Autant de valeurs précieuses et universelles, célébrées en cette journée de commémoration du 11 Novembre 1918 qui a marqué la fin d’une impitoyable guerre, barbare et industrielle, et où tant de Poilus se sont battus pour que l’Humanité ne s’abaisse plus jamais à de telles atrocités.
Robert BADINTER s’inscrit ainsi dans cette lignée commémorative, lui qui a mené sa vie pour la dignité humaine, pour la défense des droits de l’Homme et contre la peine de mort, qu’il appelait la « justice qui tue ».
Son combat est une continuité de cette aspiration profonde à une civilisation qui honore la vie, même dans la justice.
En ce jour où nous nous souvenons du sacrifice de ceux qui ont dit non à l’horreur des tranchées, rappelons-nous de l’héritage de Robert BADINTER qui, toute sa vie, a dit non à la barbarie, nous enseignant que le respect de la dignité humaine est la première des victoires.
Alors, oui, rappelons-nous les combats portés par d’autres avant nous. Gardons mémoire, nous aussi.
Souvenons-nous de tout.
Car il faut se souvenir, toujours, pour ne jamais recommencer l’infamie.
L’engagement de Robert BADINTER, que nous saluons cette année particulièrement, est né en grande partie des atrocités de la Seconde Guerre mondiale, puisque son père avait été déporté et assassiné par les Nazis.
La barbarie qu’il a sans cesse combattue trouvait ses racines dans la haine, l’antisémitisme et le mépris de l’autre, des forces qui avaient aussi alimenté la Première Guerre Mondiale.
Le combat contre la guerre et le combat pour les droits de l’Homme sont deux facettes du même impératif : ne jamais laisser la haine l’emporter.
Soulignons que la vigilance est constante et que la guerre ne prend pas toujours la forme d’une bataille rangée, mais peut être aussi celle de l’injustice et de l’oubli.
Comme le sacrifice du 11 Novembre nous exhorte à ne jamais oublier le prix de la paix, l’œuvre de Robert BADINTER nous rappelle que la mémoire est le rempart contre l’injustice et l’arbitraire.
Le souvenir des Poilus et le combat de Robert BADINTER convergent dans un même appel à la conscience et à la fraternité.
La « panthéonisation » de cet Homme de Lettres et du Droit marque ainsi la reconnaissance nationale pour un homme qui a fait progresser les valeurs universelles de la République.
Charge à nous de venir nous recueillir sur sa tombe, au Panthéon, comme nous le faisons aujourd’hui devant ce monument aux Morts, emblème de tant de sacrifiés, qui ont combattu pour que l’emporte notre modèle républicain fondé sur la justice, la liberté et l’égalité.
Comme je le disais, quelques semaines après l’entrée de Robert BADINTER au Panthéon, il est ainsi juste de l’associer à cette cérémonie. Car le 11 Novembre ne célèbre pas seulement la fin d’une guerre, mais l’acte de foi d’une Nation dans les idéaux républicains.
Robert BADINTER a œuvré à ce que cette République soit digne du sacrifice de ceux qui sont morts pour elle : une République de justice, de droit et d’humanité.
Mais pour que le souvenir de s’efface pas, pour que les générations après les premiers morts pour la France continuent de faire œuvre de mémoire et de commémoration, il faut veiller à laisser vive la flamme de la transmission.
L’enseignement de l’Histoire, destiné à nos jeunes, en est le plus bel outil.
Il s’agit là d’éduquer à l’Histoire, pour comprendre le présent.
Il s’agit là aussi de souligner que la paix et la démocratie sont l’héritage direct du sacrifice des Poilus.
Et voir cette année de nouveau nos jeunes participer à cette commémoration patriotique – les élèves de CM2 de l’école Louis Gallouédec, comme les élèves du collège Pierre de Coubertin, accompagnés de leurs enseignants que je remercie de leur présence – montre à quel point cette idée de transmission et de participation est importante.
Nos jeunes portent en eux ce rôle crucial et déterminant de « passeurs de mémoire », pour qu’en eux aussi brille cette flamme que nous portons en nous, de l’espoir en l’Humanité et de la croyance en nos valeurs républicaines, que sont le courage, le civisme, la liberté, l’égalité et la fraternité, pour nous tous ici présents, et pour les jeunes générations.
Vive la République ! Vive la France !
